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Les Clos
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Fixe 2, 5 ou 10 ans : le calcul qui tranche vraiment le débat

Bureau d'une villa contemporaine sur la rive gauche genevoise, documents de financement hypothécaire posés sur une table en noyer, lac Léman visible à travers la baie vitrée.

La question qu’on pose mal

Fixe ou variable, on en débat partout. Fixe deux ans, cinq ans ou dix ans, presque nulle part.

C’est pourtant là que se joue le vrai montant. Entre un fixe court et un fixe long souscrits le même jour, l’écart de charge dépasse fréquemment CHF 400 par mois sur une hypothèque genevoise ordinaire. Sur la durée, cela chiffre en dizaines de milliers de francs.

La plupart des acquéreurs tranchent au tempérament. Prudent, je prends dix ans. Joueur, je prends deux ans. C’est un raisonnement de caractère, pas de finance.

Il existe une méthode plus froide. Elle tient en un chiffre.

Ce que la courbe raconte aujourd’hui

Au 31 juillet 2026, les lettres de gage suisses, qui constituent la référence de refinancement du taux fixe, s’échelonnaient ainsi :

Ces rendements sont ceux des lettres de gage, l’instrument de refinancement qui détermine le plancher de tout taux fixe suisse.

La courbe monte. Franchement. L’écart entre le 2 ans et le 10 ans atteint 0,572 point.

Une courbe ascendante n’est pas un accident de marché. C’est une prévision collective, formée par des milliers d’investisseurs institutionnels qui engagent leur propre argent. Elle dit que le consensus attend des taux plus élevés dans les années qui viennent.

Attention au contresens. Cette anticipation est déjà intégrée dans le prix du 10 ans. Vous ne pouvez pas gagner en pariant simplement sur une hausse : la hausse est déjà facturée. Vous ne gagnez que si la réalité diverge du consensus.

Le seuil de bascule

Voici le calcul que votre conseiller ne fera pas devant vous.

Bloquer un fixe dix ans à 1,010 % de base revient à payer 10,10 points d’intérêt cumulés sur la période. Prendre un fixe deux ans à 0,438 % ne coûte que 0,876 point sur les deux premières années. Reste huit ans à financer.

Pour que les deux stratégies s’équivalent, ces huit années devraient coûter 9,224 points, soit un taux moyen de 1,153 %.

C’est le seuil. Si, dans deux ans, le refinancement à huit ans se négocie en dessous de 1,15 %, la stratégie courte l’emporte. Au-dessus, le fixe dix ans souscrit aujourd’hui aura été le bon choix.

Le même calcul appliqué au cinq ans donne un seuil de 1,264 % pour la seconde période de cinq ans.

Ces chiffres sont des approximations linéaires, capitalisation ignorée. La précision est suffisante pour décider.

Comment interpréter ce seuil

1,153 %, cela paraît proche. Le 10 ans est déjà à 1,010 %.

C’est précisément le point. Le marché ne prévoit pas une envolée. Il prévoit une remontée modeste et régulière. Il faudrait environ 0,72 point de hausse sur le refinancement long en deux ans pour valider le pari du fixe dix ans.

Est-ce probable ? Le taux directeur de la Banque nationale suisse se situe à 0,00 %. La marge de baisse est devenue mince. La marge de hausse, elle, reste entière.

Mais un seuil n’est pas une prédiction. C’est un point de repère qui transforme une intuition en question vérifiable.

Trois profils, trois arbitrages

Le patrimoine liquide important. Vous disposez d’actifs mobilisables largement supérieurs au montant emprunté. Une hausse de charge de CHF 500 par mois ne modifie en rien votre train de vie. Le fixe long achète une tranquillité que vous n’avez pas besoin d’acheter. Le fixe court, voire le variable, économise chaque mois un montant réel.

Le revenu élevé mais tendu. Cadre dirigeant, revenu confortable, charge hypothécaire proche des limites usuelles de tenue budgétaire. Ici, la visibilité vaut son prix. Une hausse brutale à l’échéance d’un fixe court peut poser un problème de refinancement au pire moment. Le fixe long est une assurance, et la surprime de 0,572 point en est le tarif.

La détention à horizon court. Vous envisagez une revente sous cinq à sept ans. Le fixe dix ans devient un piège : sortir avant terme déclenche une indemnité de remboursement anticipé calculée sur le différentiel de taux, parfois lourde. Alignez la durée du contrat sur celle de votre projet, pas sur celle de la courbe.

Le panachage, sous-utilisé en Suisse romande

Rien n’oblige à trancher pour la totalité du montant.

Sur une hypothèque de CHF 2 millions, une répartition en trois tranches, par exemple CHF 700 000 à deux ans, CHF 700 000 à cinq ans et CHF 600 000 à dix ans, produit un coût moyen intermédiaire et surtout un étalement des échéances de renouvellement. Vous ne vous retrouvez jamais à devoir refinancer l’intégralité de votre dette dans un marché défavorable.

Cette approche est standard chez les investisseurs institutionnels. Elle reste étonnamment rare chez les particuliers, principalement parce que personne ne la leur propose spontanément.

Deux réserves : certains établissements facturent des frais par tranche, et la gestion administrative se complique. Demandez le détail avant de vous engager.

Ce que ce raisonnement ne couvre pas

La courbe des lettres de gage donne le coût de refinancement. Elle ne dit rien de votre marge commerciale, qui se négocie séparément et qui peut varier d’un établissement à l’autre de 0,30 point sur un dossier identique.

Elle ne dit rien non plus de votre situation fiscale. À Genève, la déductibilité des intérêts hypothécaires et l’imposition de la valeur locative modifient l’équation nette selon votre taux marginal. Un arbitrage optimal avant impôt peut cesser de l’être après.

Elle ignore enfin le risque de renouvellement dans son ensemble. À l’échéance d’un fixe court, ce n’est pas seulement le taux qui peut avoir changé : les conditions d’octroi, votre revenu, la valeur du bien également.

Un chiffre à garder en tête

1,153 %. Notez-le.

C’est le niveau que devra atteindre le refinancement à huit ans, dans deux ans, pour valider aujourd’hui le choix du fixe long. Tout ce qui restera en dessous donnera raison à la stratégie courte.

La courbe se déplace tous les jours ouvrables. Le seuil aussi. Nous le recalculons en continu dans notre observatoire des taux, avec les trois échéances et le coût mensuel correspondant à votre montant.

Reste à savoir combien de propriétaires genevois signeront cet automne un fixe dix ans sans avoir jamais entendu parler des lettres de gage.


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